Personne ne le sait exactement. Pas même l’État. La base officielle de référence recensait 2 267 aides financières en mai 2025. Le recensement privé le plus large, celui de Mes Aides Publiques Infogreffe, en dénombrait 11 738 au 5 août 2026, cinq fois plus. Et si l’on compte ce que personne ne recense, les aides des 1 252 intercommunalités et des 101 départements, les appels à projets qui ouvrent et ferment, les guichets européens, l’ordre de grandeur dépasse vraisemblablement les 20 000 guichets distincts. L’écart entre ces chiffres n’est pas une anomalie statistique : c’est la meilleure description du problème. En 2025, la commission d’enquête du Sénat sur les aides aux entreprises a dû faire elle-même l’addition, faute de recensement public : au moins 211 milliards d’euros par an. Si le Parlement doit compter à la main, comment un dirigeant de PME s’y retrouverait-il ?
Le chiffre que vous verrez partout, « plus de 2 200 aides », a une source unique : la base aides-entreprises.fr, tenue par CMA France, base de référence sélectionnée par l’État depuis 2015. C’est elle que citent la DILA (« près de 2 000 » en 2023), la Cour des comptes (2 100 en 2022) et le Sénat (2 267 en mai 2025). Il n’y a donc pas plusieurs décomptes officiels qui se confirment, il y a un seul décompte, recopié. Et cette base compte bien, mais elle compte étroit : les aides financières actives, pas l’accompagnement, et le bloc communal seulement en partie.
Le rapport sénatorial de juillet 2025 le dit sans détour : la commission d’enquête « a dû réaliser elle-même une estimation du montant des aides publiques aux entreprises pour l’année 2023, étant entendu que cette estimation n’indique qu’un ordre de grandeur compte tenu de l’indisponibilité de certaines informations ». Voilà l’information de cet article : sur un sujet à 211 milliards d’euros annuels, la France ne tient pas le registre.
Parce que « une aide », ça ne se compte pas tout seul. Chaque décompte choisit son unité de compte, et le chiffre suit.
La première source de confusion est le vocabulaire lui-même. « Aide publique » est le mot-famille : il recouvre sept types de dispositifs, la subvention, le prêt bonifié, l’avance récupérable, le crédit d’impôt, l’exonération, la garantie publique et l’accompagnement. La subvention, une somme versée sans remboursement, n’est donc qu’une espèce du genre, la plus répandue il est vrai : 546 des 639 aides de notre répertoire en sont. Qui dit « subventions » compte un sous-ensemble ; qui dit « aides » compte la famille entière, et les décomptes ci-dessous ne tracent pas cette frontière au même endroit.
| Le chiffre | Qui compte | Ce qui est compté |
|---|---|---|
| 2 267 (mai 2025) | Base CMA France / aides-entreprises.fr, reprise par le Sénat | Les aides financières actives recensées, tous échelons |
| 175 + 234 + 40 (2025) | Haut-commissariat à la stratégie et au plan | Les seules mesures nationales : budgétaires, fiscales, sociales |
| 11 738 (août 2026) | MAPI (Mes Aides Publiques Infogreffe) | Tout ce qui aide : subventions, prêts, crédits d’impôt, exonérations, accompagnement, du national à l’Europe |
| Plus de 20 000 (estimation Subvento, voir méthode ci-dessous) | Notre décompte par strates | Chaque guichet distinct, déclinaisons locales et appels à projets compris |
Michel Struk, fondateur de MAPI, résume l’écart dans son guide (La méthode pour décrocher les aides publiques et développer votre projet, Eyrolles, 2026) : « l’écart se creuse entre la profusion de dispositifs, 11 000 répertoriés chez MAPI contre 2 200 recensés officiellement par l’État ». La profusion est réelle ; c’est le registre qui manque.
Voici comment on passe, honnêtement, de 2 267 à plus de 20 000. Les trois premières lignes sont documentées ; la dernière est une estimation dont nous donnons les hypothèses.
Additionnez : le plancher documenté, sans aucune extrapolation, se situe déjà entre 2 500 et 3 000 dispositifs distincts. En intégrant les aides locales non recensées, on atteint 7 000 à 15 000. En comptant, comme le vit un dirigeant, chaque appel à projets daté et chaque déclinaison départementale comme un guichet distinct, on dépasse les 20 000. C’est notre convention de comptage, elle est discutable, et c’est précisément le propos : tant qu’aucun registre officiel n’existe, tout chiffre est une convention. Nous mettrons cette page à jour à chaque évolution des décomptes.
C’est aussi pourquoi ce site emploie deux chiffres qui n’ont pas le même sens. Quand nous écrivons « plusieurs milliers d’aides », nous parlons du paysage documenté, le plancher ci-dessus, sans extrapolation. Quand nous écrivons « plus de 20 000 », nous comptons les guichets tels qu’un dirigeant les rencontre, déclinaisons et appels à projets compris. Le répertoire Subvento, lui, ne prétend ni à l’un ni à l’autre : il annonce son compte réel, 639 aides vérifiées à ce jour auprès de 173 financeurs distincts, et ce compte grossit à chaque mise à jour de la base.
Pour un dirigeant ou un DAF, ce flou statistique a trois conséquences concrètes :
Et l’enjeu n’est pas théorique. La France contribue à 17,5 % du budget de l’Union européenne mais n’a capté que 11 à 12 % des financements européens de recherche et d’innovation entre 2014 et 2023, PME « insuffisamment mobilisées » selon la Cour des comptes. Et quand les entreprises candidatent, « dans huit cas sur dix, les refus proviennent d’erreurs élémentaires », note Michel Struk. De l’argent voté, des entreprises éligibles, et entre les deux, un registre que personne ne tient.
« Les aides publiques aux entreprises constituent une sorte de jungle encore vierge dans laquelle l’État lui-même hésite à s’aventurer ou s’aventure dans les hésitations. » La phrase est d’Alain Etchegoyen, alors commissaire au Plan, en ouverture d’un rapport de 2003. Vingt-deux ans plus tard, la commission d’enquête du Sénat la reprend en tête de son rapport n° 808 et la juge « hélas d’actualité ».
Dans une jungle, tout le monde ne se déplace pas à la même vitesse. Le rapport donne deux mesures. Le taux d’impôt sur les sociétés qui reste dû une fois les crédits et réductions déduits s’établissait en 2023 à 80 % pour les grandes entreprises, 95 % pour les PME et 98 % pour les micro-entreprises. Et sur les 7 milliards d’euros de manque à gagner des crédits d’impôt la même année, 61 % sont allés aux grandes entreprises. Devant la commission, Arnaud Montebourg a décrit des cabinets qui « se rémunèrent à hauteur de 20 à 30 % » des aides qu’ils font obtenir ; le rapport recommande de rendre obligatoire un « test PME » à la conception de chaque régime d’aide et d’encadrer la rémunération des cabinets qui montent les dossiers.
Soyons précis sur ce que ces chiffres disent et ne disent pas. Le Sénat ne compare nulle part PME et grands groupes sur leur capacité à trouver les aides. Il relève même que, rapporté à la valeur ajoutée des bénéficiaires, le crédit d’impôt recherche va d’abord aux PME et aux micro-entreprises (28,4 % de la créance pour 14,5 % de la valeur ajoutée). Les aides ne manquent donc pas aux PME qui les demandent. Notre lecture, et c’est une lecture, est que l’écart se creuse avant la demande : une grande entreprise dispose d’une direction fiscale, d’un service des affaires publiques et, souvent, d’un cabinet ; une PME de trente personnes dispose d’un dirigeant et d’un expert-comptable. Dans un paysage sans registre, celui qui peut payer la carte part avec l’avantage. Ce n’est pas un problème de montant, c’est un problème d’accès. Et l’accès, contrairement au registre, ne dépend pas d’une loi de finances.
Non. Il existe une base de référence sélectionnée par l'État (aides-entreprises.fr, environ 2 200 aides financières actives), des répertoires partiels et des recensements privés plus larges. Aucun n'est exhaustif, et le Sénat l'a constaté officiellement en 2025.
Parce que chaque décompte définit « une aide » à sa façon : aides financières recensées (2 267), tout dispositif actif y compris l'accompagnement (11 738 chez MAPI en août 2026), ou chaque guichet distinct, déclinaisons locales et appels à projets compris (notre estimation, plus de 20 000).
« Aide publique » est le terme générique : il couvre sept types de dispositifs, subvention, prêt bonifié, avance récupérable, crédit d'impôt, exonération, garantie publique et accompagnement. La subvention est le type le plus répandu : une somme versée directement à l'entreprise, sans remboursement, une fois les conditions respectées. Chercher uniquement « des subventions », c'est donc écarter d'office une partie de son univers réel.
Généralement quelques dizaines à un instant donné, en croisant votre secteur, votre effectif, votre région et vos projets (embauche, innovation, transition écologique, numérique, export). C'est ce croisement qui est difficile à la main, pas la lecture d'une liste.
Oui : le bloc communal représente déjà 40 % des aides recensées nationalement, et l'essentiel des aides intercommunales n'apparaît dans aucune base nationale. Ce sont souvent les moins concurrentielles.
Sur l'obtention, les chiffres du Sénat le disent : en 2023, taux d'impôt net de 80 % pour les grandes entreprises contre 95 % pour les PME, et 61 % du manque à gagner des crédits d'impôt capté par les grandes. Sur la détection des aides, aucune statistique publique n'existe ; c'est justement l'angle mort que décrit cet article.
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